Développé pour la sortie de la Xbox en 2006, Dead Rising est à sa sortie LE jeu à acquérir avec la console. Déjà c'est un blockbuster de zombies made in Capcom mais surprise, ça n'a strictement aucun lien avec la licence Resident Evil, pas même un clin d'oeil. Bien que le jeu semble tourner sur le moteur du Resident Evil 4 de la génération précédente, les japonais ont fait le pari de la quantité sur la qualité visuelle et exploitent la puissance de calcul de la nouvelle machine en surmultipliant le nombre des trucs à l'écran. De mémoire de joueur on a jamais vu une telle foule : les marcheurs se comptent par centaines à la fois. Rien qu'à regarder les captures d'écran, on a un vrai malaise à s'imaginer survivre au milieu d'un tel cauchemar.

Mais Dead Rising n'a pas vocation à affrayer, plutôt le contraire même : le joyeux chaos sur la jaquette nous promet un bac à sable plein de fun au sein d'un centre commercial. Rien qu'à l'intro déjà, on comprend en voyant la tête du héros qu'on est pas parti pour sauver le monde. Frank West, gros nounours mal dégrossi, on jurerait sentir le mauvais whisky dans son haleine. Métier : photographe de presse (à scandale). Les clichés de prestige et les états-d'âme, il a abandonné et est là aujourd'hui, en hélico au dessus de l' apocalypse zombie, pour vendre du sensationnel. Il se fait déposer sur le toit du centre commercial de la grosse bourgade américaine avec rendez-vous pris trois jours plus tard, quand la carte mémoire de son réflex sera pleine à craquer de clichés lucratifs.

Et c'est parti pour une aventure excit, euh... En fait Frank est léger dans ses déplacements comme un 38 tonnes. On progresse un peu cahin-caha et voilà qu'on prend contact avec un vieux bonhomme dans une planque sûre qui nous propose (=ordonne) d'aller chercher les survivants dans le mall et de les lui ramener. Rangez calmement espoirs et enthousiasme, la première expédition est une catastrophe, entre le gros balourd (vous) qui arrive à peine à distancer les morts à la course et les gens à sauver qui ont un instinct de lemming et piquent une crise de nerfs sur place tous les 10 mètres avant de se faire bouffer vivants. On avait pourtant fait un détour par le magasin de sport ou la quincaillerie et ramassé de quoi se défendre : batte de base-ball, raquette, skate, tuyau en plomb, marteau... On découvre à la dure que l'inventaire est très limité et que de toute façon, les armes sont fragiles et cassent au bout d'une poignée de coups. De toute façon, pourquoi attaquer ? Renvoyez 4 zombies au cimetière, il y en a 12 qui rappliquent. Le robinet à morts vivants ne se tarit jamais, on comprend très très vite que la seule option viable est donc la fuite.

Retour au refuge donc, seul et la queue entre les jambes. Un bon point pour l'effort quand même et quelques XP accordés pour les photos (oui, on peut prendre des photos, comme dans Pokémon Snap -sauf que c'est des zombies). Miraculeusement on monte d'un niveau et Frank améliore une de ses capacités. Rangez votre enthousiasme j'ai dit, on ne choisit pas sa façon de jouer : l'amélioration est aléatoire alors on se retrouve avec un point de vie supplémentaire (yes !) ou une place d'inventaire en plus, ou un enchaînement ou je ne sais quoi, mais en fait on ne pourra pas réellement faire grand chose avant que cette pu7@!n de vitesse de déplacement ne s'améliore toute seule. C'est un cercle infernal : pas de vitesse, pas de sauvetages et donc pas d'expérience...

Comme je vous raconte là, c'est assez peu réjouissant. Ce n'est hélas qu'une partie de la liste des contrariétés. Un autre truc qu'on découvre assez vite, c'est que le temps de jeu est limité, très limité. Trois jours fictifs pour explorer le centre commercial et faire avancer le scénario (oui, il y a un scénario quand même). Il faut regarder sa montre assez souvent et se rappeler où se trouve telle ou telle échoppe (la map est immense et on a pas de plan...) pour ne pas rater un rendez-vous crucial.

Mais le clou du spectacle est encore à venir, ce sont les survivants eux-mêmes, ou plutôt ceux qui ont pété les plombs pour de bon et sont passés en mode survie extrême, ils sont les boss du jeu et resteront gravés à jamais dans vos mémoires pour toutes les mauvaises raisons : les psychopathes. Déjà, je propose une salve d'applaudissements pour Capcom pour leur analyse sociologique poussée des Etats-Unis d'Amérique, ils en ont vraiment fait pour tous les goûts (accrochez-vous) : des évadés en buggy qui tirent en riant dans la foule à la gatling, la bonne famille catho adepte du survivalisme qui snipe tout ce qui bouge, le quincailler vétéran du Vietnam qui se prend pour Freddy Krueger, l'aimable boucher chinois qui vend de la viande humaine, la flic homo, obèse morbide à deux doigts de violer des clientes retenues en otage ou le clown tueur de gosses qui jongle avec des tronçonneuses.

On meurt vite et souvent donc, et pas de retour automatique au début du combat, les sauvegardes se font au refuge ou dans les toilettes publiques avec cette affreuse musique d'ascenseur. Alors on apprend la prudence à coup de lattes et on exploite l'environnement petit à petit. Plus tard on découvrira Kenji Inafune à la production, cet homme a débuté sur Megaman, la rigidité initiale du jeu s'explique soudain -faute avouée est à moitié pardonnée...

Et c'est là que le moral remonte, petit à petit. On comprend ce qui marche ou pas, on note mentalement les meilleurs endroits où se fournir, les passages sûrs pour escorter les derniers humains. La première partie se termine en fiasco en quelques heures mais on recommence en gardant l'expérience acquise et Frank se renforce, transporte plus de trucs, court un beau jour comme une gazelle un peu en surpoids. On finit par abattre cet horrible clown, puis les autres tarés l'un après l'autre, on anticipe les rendez-vous et les événements, on sauve des groupes entiers de survivants et on s'amuse enfin à balarder des trucs à la gueule des cadavres comme promis sur la jaquette. Le scénar avance, les révélations et les drames s'enchaînent et la fin glorieuse se révèle. Dead Rising est un diamant brut dans lequel il faut investir du temps et de patience mais qui vous récompensera amplement en adrénaline puis en fun, puis en moments surréalistes monumentaux. Quel autre jeu vous proposera de faire des prises de catch dans un ciné à des membres de secte, habillé en slip ou en robe moulante, muni d'un manuel de psychologie et d'une tronçonneuse électrique ?

Maintenant on vous comprendrait parfaitement de ne pas avoir envie d'investir aujourd'hui du temps et de la sueur dans une production un peu vintage et assez lourde. Bien que Dead Rising premier du nom reste de loin le meilleur pour l'ambiance générale (à mon humble avis) et est encore largement dispo sur toutes les machines vous pouvez tout à fait tester la série sur le deuxième épisode, bien moins punitif, qui se déroule à Las Vegas, ou carrément le 4ème opus sur XOne ou PS4 qui vire toutes les restrictions temporelles et se concentre uniquement sur le fun, le fun et rien que le fun dans une belle ambiance de Noël qui vous réchauffera le coeur.

Si John Romero et Zack Snyder et les Monty Python avaient fait un jeu vidéo ensemble, je ne serais pas là à vous vanter les mérites d'une production japonaise. On aime bien vous charrier mais vous poutrez du poney nucléaire, Capcom.