mardi 4 mai 2021

Fruit Ninja Kinect : kiwi pommier et la coupe de feu

Les jeux c'est pour s'amuser. Pardon de commencer sur une tautologie aussi éhontée mais quand on a le nez dans le guidon à sa quatre-vingtième heure de Final Fantasy, Dead Cells ou Street Fighter V, le sens des proportions a tendance à s'émousser. Oui, on est tous et toutes là devant un écran avec un truc à la main pour faire bouger des formes et tinter des musiquettes pour oublier la vie réelle et se filer un bon coup de dopamine. Certains trouvent leur kif sur des simulations stratégiques poussées, d'autres sur des jeux d'arcade, de la baston sophistiquée, du shoot psychédélique... Tout est bon pour y trouver son bonheur. Alors pourquoi cette gêne diffuse qui nous tombe dessus quand on est confronté à un jeu casu ?

Fruit Ninja, appli sur smartphone et tablettes sortie en 2010. Principe : balader son doigt sur l'écran tactile pour couper en plein vol des fruits lancés (pas haut) dans l'atmosphère et éviter les bombes. 100 millions de téléchargements à son actif à ce jour quand même. Ce n'est pas seulement que le jeu est arrivé pile au bon moment alors que les ventes de smartphones explosaient, le succès s'explique surtout par la qualité de la programmation : des graphismes jolis, une animation réaliste et une ambiance sonore vraiment craquante à base "slash" et de "sploushs" bien humides.
Lancer ce jeu, c'est revenir aussi un peu à la grande époque des jeux d'arcade, facile à prendre en main mais complexe à pleinement maîtriser. On se lance une petite partie pour passer le temps, et on enchaîne sur une autre puis une autre encore. La définition même du petit jeu addictif qui vous pompera votre vie, 1 minute de partie après l'autre.
Microsoft est alors sur le point de sortir le Kinect, sa caméra magique pour la 360 et alors les licences de tout et n'importe quoi pour alimenter le buzz.Le jeu est dispo en démat à la sortie du périphérique, la belle affaire, le grand public a d'autres jeux en tête.

Bon, on ne va pas déterrer les vieilles rancoeurs, vous connaissez la réputation du Kinect, disons qu'elle est mitigée. On reprochera plus tard à Microsoft d'avoir promis la lune, on se gaussera à foison de la complexité du truc, de son imprécision et des piètres logiciels qui lui seront dédiés.
Fruit Ninja Kinect est à ce titre une exception curieuse, quasiment le seul jeu de la ludothèque à respecter les promesses de Bill Gates : on arrive devant la caméra, on bouge, le jeu reconnaît parfaitement les mouvements et on s'amuse. Non non, je ne déconne pas. On s'amuse. Vraiment.

En fait, on a pas du tout l'impression de refaire le jeu sur tablette. L'échelle n'est plus la même, on ne joue plus avec un seul doigt pour simuler le katana coupeur de fruits mais c'est carrément tout le corps qui s'affiche en ombre chinoise à l'écran. Un coup avec la main gauche, un coup avec la main droite, on peut même utiliser les coudes et les pieds (si on est jeune et agile).
Ces bananes et ces pommes et ces kiwis infernaux envahissent l'écran et on les tranche en quelques gestes amples comme un maître en arts martiaux. On se surprend à prendre instinctivement l'attitude de la mante religieuse et puis soudain, on a envie de tout plaquer et d'apprendre le kung fu auprès d'un vieux type en Asie. Encore quelques passes, quelques combos et le timer arrive presque à zéro, arrive alors la grenade, le dernier fruit, celui qui prend les coups : quelques petites secondes pour trancher en plus petits morceaux possibles.
Un truc se déclenche dans la tête, on a des flashbacks de Ken le Survivant, les muscles des bras se tendent comme des câbles en acier et les mains deviennent floues. On se mord la lèvre inférieure pour ne pas crier "yatatatatatata" devant tout le monde. Le compteur de combo s'arrête, le score est calculé. On se sent bien bête de ne pas avoir été plus rapide, on sait qu'on fera un bien meilleur score à la prochaine partie.
50% du jeu, c'est le hasard, on le sait. Les bonus, les distributions, tout cela est totalement aléatoire mais c'est plus fort que soi, comme un bandit manchot, on sait instinctivement que la prochaine partie sera meilleure parce qu'on s'améliore sans cesse et qu'on avait pas vu cette pu7@!n de bombe.
Le copain derrière prend le relais, tout le monde rigole (la bière coule à flot). On se marre et Microsoft a réussi son coup.

Si la raison d'être d'un jeu vidéo est de divertir, alors Fruit Ninja Kinect est une authentique réussite. On peut y jouer en famille avec mémé (qui étonnera tout le monde) et le petit cousin (qui refusera de partir avant d'avoir le high score) ou avec les potes bien bourrés, ou en convention contre des inconnu(e)s, le fun sera toujours au rendez-vous.
Pas de tutoriel, pas d'XP, pas de grande quête ou de combinaisons de touches à mémoriser. Quelques réflexes, un peu de hasard, énormément de fun.
Le jeu vidéo, il en faut pour tous les goûts. Oui Fruit Ninja c'est casu à mort, mais on se fait encore des bonnes parties en famille une ou deux fois par an. Je ne peux pas dire la même chose de mes sauvegardes de Final Fantasy.

dimanche 2 mai 2021

Repair Log: Pac Man (Midway sous licence Namco,1980)

LE classique des classiques par excellence. C'est le jeu de tous les records : record d'unités fabriqués, record du jeu rentable de tous les temps, record de produits dérivés, du plus grand nombre de bootleg, premier jeu d'arcade émulé etc ...

Le hardware de Pacman est d'architecture ancienne, mais classique, et prévaudra au moins jusqu'à l'arrivée des microprocesseurs 16bits.

Pour autant, l'ancieneté du hardware ne signifie pas pour autant que le jeu soit simple à réparer. Par exemple le PCB est bardé de vieux composants (UVProms, BProms ...), parfois difficilement trouvables et/ou qui requièrent parfois de vieux programmateurs. J'ai réparé bon nombre de PacMan, mais je souhaitais m'arrêter sur ce PCB en particulier.

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mercredi 28 avril 2021

Limbo : danser au bout d'une corde

L'ombre d'un petit garçon qui se réveille au milieu des bruyères, dans la forêt d'un univers monochrome. Pas de musique, pas d'interlude scénaristique, juste l'instinct de se lever et de se diriger vers la droite, comme dans tous les jeux. D'ailleurs, l'instinct encore, on teste le bouton pour sauter, et on saute. Limbo est bien un jeu de plate-formes, donc.
On est sur Xbox 360 en 2010 (le jeu est alors une exclu Microsoft, oui aujourd'hui ça fait rire), l'industrie du jeu vidéo est sur le point d'être révolutionnée par l'arrivée de jeux d'auteurs inventifs et narratifs aux budgets modestes, uniquement disponibles en dématérialisé.

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dimanche 25 avril 2021

Repair Log: Arkanoid (Taito,1986)

Le célèbre casse-briques est une interprétation très libre du pionnier Breakout d'Atari, paru en 1976, un succès planétaire en salles. Après un certain essoufflement du genre au début des années 80, Taito s'est attelé à dépoussiérer le genre avec un succès inespéré, transformant le jeu en l'une des sorties les plus rentables de l'histoire de Taito.

Je ne résiste pas à vous reproduire la traduction française du pitch dans un charabia incompréhensible qui provient de l'adaptation Thomson MO5 du jeu :

« On ne sait pas dans quelle ère cette histoire se passe. Apres la destruction du vaisseau amiral Arkanoid, un vaisseau spatial, le Vaus, réussit à s’échapper. Malheureusement pour être fait prisonnier de l'espace par une force inconnue. « Doh », la forteresse qui contrôle l'espace-temps, vient d'être détruite et nous remontons maintenant le temps. « Vaus » a réussi à s'extraire de l'espace transformé, mais le véritable voyage de Arkanoid ne fait que commencer. »

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mardi 20 avril 2021

Gunblade New York : it's raining men (hallelujah)

Rentrer dans une salle d'arcade, vous vous rappelez ? Ce mélange un peu brut de lumières flashy et de chiptunes sur fond de cliquetis, avec un zeste de tabac dans les narines… On balayait la salle du regard à la recherche de nouveautés, les machines les plus imposantes retenaient tout de suite l'attention.

Gunblade New York, quand elle est arrivée on ne voyait plus qu'elle avec son écran géant rétroéclairé et les deux plus énormes mitrailleuses qu'on puisse manipuler sans avoir des bras de gorille.

On est en 1995 et Sega invente le style Michael Bay en arcade avant Michael Bay lui-même.

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dimanche 18 avril 2021

Repair Log: Double Dragon (Technos Japan, 1987)

Le mythique beat them all a littéralement jeté les bases d’un style de jeu d'arcade qui aura une descendance spirituelle nombreuse et variée (Final Fight, Golden Axe, Streets of Rage, etc.). Double Dragon est lui-même une suite non officielle et plus aboutie de Renegade, un jeu paru un an plus tôt chez le même éditeur. Techniquement, le jeu est perclus de bugs et de ralentissements, la faute à un hardware et une phase de tests trop justes. Mais cela n’enlève rien à son charme un quart de siècle plus tard, bien au contraire.

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jeudi 15 avril 2021

Bornes Bemani : avoir son propre serveur E-Amusement ?

Je ne sais pas si vous êtes possesseur de borne Bemani (branche jeux de rythme de Konami), mais un des intérêts de ces jeux est d'avoir ses scores sauvegardés afin de pouvoir voir ses progrès, voir même de les comparer avec d'autres joueurs, directement in-game. Hors ceci est généralement effectué via les serveurs E-Amusement de Konami et via un protocole de communication "chiffré". Et en tant que particulier, ça risque d'être compliqué de les utiliser.

Il existe toutefois quelques alternatives (et ce billet n'est pas un guide d'installation)…

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mardi 13 avril 2021

Hadès : voyage au bout de l'enfer (feat. Hellboy)

Vous connaissez probablement la définition de la folie ? Pour celles et ceux qui n'ont jamais subi les bonnes blagues de Far Cry 3, je rappelle : c'est refaire toujours les mêmes actions en attendant un résultat différent à chaque fois. Quand on y pense c'est un peu aussi la définition même du jeu vidéo, et plus particulièrement encore de Hades, une oeuvre à la confluence du donjon aléatoire, des jeux From Software et de l'appli gratuite (avec achats intégrés) sur smartphone… Drôle de recette mais exécutée par des cuistots d'élite.

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dimanche 11 avril 2021

Repair Log: Asterix (Konami, 1992)

Avant une énième adaptation improbable au cinéma avec Guillaume Canet dans le rôle titre, accompagné de Gilles Lellouche (improbable aussi dans le rôle d'Obélix) ou encore Pierre Richard ou Zlatan Ibrahimovic, Astérix avait fait l'objet d'une adaptation en arcade assez réussie, signée par Konami. Le jeu est sorti sur le hardware de Xexex, lui-même une évolution du hardware de Teenage Mutant Ninja Turtles. Bref du pur Konami 16 bits.

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mardi 6 avril 2021

Castlevania 64 : Dracula-bas si j'y suis.

Mettons les choses au clair dès le début : si pour vous la licence Castlevania est seulement synonyme de metroidvania et que la Nintendo 64 est un outil défectueux uniquement voué à jouer à Mario 64 et Ocarina of Time, ne perdez pas votre temps à continuer à lire ces quelques lignes : je ne vous convaincrai pas.

Si au contraire vous vous souvenez avec plaisir des aventures de Simon Belmont sur les consoles 8 à 16 bits et que vous avez possédé plus de deux jeux sur Nintendo 64, on est entre potes, j'arriverai peut-être même à vous convaincre que Castlevania 64 ne mérite pas sa réputation de "pire jeu de la série".

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dimanche 4 avril 2021

Repair Log: Teenage Mutant Ninja Turtles (Konami,1989)

Inspiré par le dessin animé de 1987 co-produit par les français d'iDDH, ce jeu a eu énormément de succès dans les salles d'arcades de l'époque. Pour des raisons de droits, toutes les versions publiées sur les différents stores ont vu le générique amputé ou réinterprété. Aujourd'hui, je me penche sur ce PCB de Tortue Ninja, confiée par Félix LeMatou.

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mardi 30 mars 2021

KC Munchkin : King Pong contre Radiola

Le Videopac, c’était une expérience. Je vous parle d’un temps que les moins de euh, plusieurs décennies, ne peuvent pas connaître. Cette époque où les téléviseurs étaient ronds et pesaient une tonne, quand la prise péritel était un concept futuriste (j’en vois un au fond qui se demande si on avait la couleur : la réponse est oui, c’est nos parents qui vivaient en noir et blanc et se déplaçaient de manière rapide et saccadée en sortant de l’usine).

Allumer sa console à l’époque c’était la brancher directement à la prise de courant pour entendre résonner un TUDUDUDIP martial à vous arracher les oreilles. La magie du jeu vidéo c’était alors un joystick, un bouton et de l’action immédiate.

L’histoire du jeu vidéo a retenu le nom d’Atari, beaucoup moins celui de Philips/Radiola/Schneider/Brandt...

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dimanche 28 mars 2021

Repair Log : Hang On (Sega, 1985)

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, je voulais démarrer sur les chapeaux de roues avec Hang On. Le célèbre jeu de moto développé sous la supervision du légendaire Yu Suzuki jetait les bases du futur système Sega Super Scaler qui inaugurera une nouvelle génération de jeux d'arcade mythiques en pseudo 3D.

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mardi 23 mars 2021

Killer 7 : very bad trip

Dans le monde de la culture, la différence entre génie et escroquerie est parfois ténue comme le crin de cheval qui tenait l'épée de Damoclès.
Killer 7 est à ce titre un cas d'école, un titre tellement étrange, tellement radical qu'on se demande encore si c'est un chef d'oeuvre ou un beau foutage de gueule. On se demande aussi comment un truc aussi expérimental a réussi à franchir la frontière de son Japon natal.
Disons que si David Lynch avait jamais produit un jeu vidéo, il est probable que ça aurait ressemblé à ça, mais peut-être un peu moins bizarre et malsain même.

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mercredi 17 mars 2021

SSX Tricky : ça glisse in wonderland

Rien ne vieillit plus vite qu’une œuvre qui se veut dans l’air du temps. Les livres et les films et les séries, tous les travaux d'art, rien ne se périme plus rapidement que ce qui tente de se caler parfaitement dans la mode du moment, le "zeitgeist" comme disent les anglo-saxons. Mais pas SSX Tricky, non. On ne sait comment, le grand Satan Electronic Arts a produit en 2001 un jeu coolos à mort qui résiste encore aux outrages du temps. Est-ce la direction artistique bigarrée qui tire dans toutes les directions ? Le mix musical radical qui fait encore pleurer de joie les connaisseurs dans leurs chaumières ? Une jouabilité aux petits oignons ? Probablement l'alliance infernale des trois en même temps, mon capitaine.

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